L'homme marchait d'un pas tranquille le long de la nationale. Son esprit vagabondait du côté de sa fiancée, qu'il n'avait pas vue depuis une semaine, à cause de ce
putain de boulot minable. Il la rejoindrait bientôt, encore trente minute de trajet et...
La douleur fut fulgurante.
Comme de pics de glace qui lui auraient traversé la nuque. L'homme sentit un liquide poisseux couler le long de son cou.
Du sang, pensa-t-il.
Mon sang. La douleur l'irradia de plus belle.
Ce ne sont pas des pics, réalisa-t-il avec horreur.
________________________________________Ce sont des dents. Lyn Megan courait comme un fou, tout en savant qu'il arriverait trop tard. Il maudit son enveloppe corporelle humaine de s'être laissée distraire. Ses sens de prédateur avaient vite repris le dessus, pas assez cependant pour lui permettre de rejoindre
l'homme à temps. Lyn courait, courait, volait presque. Ses pieds frôlaient à peine terre, et tel Hermès, messager des Dieux aux sandales aillées, il semblait se fendre dans l'air, se mouvant avec une vitesse irréelle.
Il s'arrêta au moment même où la carcasse de ce qu'était
l'homme tombait au sol. Vide.
Lyn déglutit, pris de malaise.
Devant lui, les babines dégoulinantes, comme un roi barbare, trônait la Bête.
Le Vampire.
Le Fléau.
La Mort personnifiée, la Douleur faite Homme.
Adrian Lay était le plus angélique des Diables.
Le deuxième combat commença.
Lyn Megan explosa, déploya ses ailes, et sortit ses griffes. Sa haine devant une telle cruauté et un tel non-respect de la vie était immense. Il frappa, coupa, mordit, renversa ; gifla, même. La colère est plus forte que tout, et Lyn
était colère.
Johanna Wund atterrit à côté de Lyn. Ni lui, ni Adrian ne l'avaient vue venir.
-Je n'ai pas besoin d'aide, marmonna Lyn.
-Moi, je crois que si, rétorqua la jeune fille en montrant la silhouette sombre qui se détacha de la nuit pour s'approcher d'Adrian.
-Oh... souffla Lyn.
Je vois. Locki Steevens posa sa main droite sur l'épaule d'Adrian et lui murmura quelque chose à l'oreille. Puis, aussi rapide qu'une fusée, il fonça sur Johanna.
Le troisième combat commença.
__
La première journée de cours au lycée de Saint Halley s'annonçait radieuse. Une des rares matinées ensoleillées au pays de la pluie qu'était l'Angleterre. Quand Mackenzie ouvrit les rideaux des fenêtres de leur petite chambre, Ambre sourit, admirant la beauté du paysage sous l'éclatant astre céleste. Avant de se casser la figure.
Ce fut une chute mémorable. Un salto avant parfait, effectué avec la plus grande... grâce ; causé par une pantoufle sadique. Ambre s'était levée, avait fait deux pas, puis s'était emmêlé les pieds dans un chausson. Avant de s'étaler de tout son long. Mackenzie explosa d'un rire tonitruant.
-Oh non ! Sanglota Ambre.
Ne te moque pas de moi !
-Peux pas, souffla son amie, hors d'haleine,
trop drôle.
-Tu ne m'aimes paaaas... s'exclama Ambre en pleurant carrément. Diantre, que le sol était dur !
-Ne tombe pas dans le mélo ! Protesta Mackenzie.
-Je suis déjà tombée tout court !Elles se mirent à rire sans pouvoir s'arrêter.
-Allez, viens, on va rater le petit-déjeuner, lança la rousse en reprenant son souffle.
Elles se préparèrent en gloussant, enfilant leurs jolis uniformes et s'admirant dans le miroir.
-Oh, t'es trop belle, Ambre, faut ab-so-lu-ment que je te maquille.
-Mouais. Non.
-Si.
-NON.
-Si. Ambre capitula et se laissa faire. Le résultat était époustouflant : deux traits de Khol soulignaient son regard vert et un peu de rouge rehaussait ses pommettes. Mackenzie était certaine que tous les garçons allaient tomber raides dingues d'elle. Elle rit intérieurement à la pensée de tout le réfectoire par terre. Réfectoire qu'elles devaient peut-être songer à rejoindre.
Ambre Freelan
Je passai toute la matinée à essayer de délier le complexe noeud marin qui avait pris place dans mon ventre. Lorsque j'eu enfin réussi à avaler quelque chose, il était déjà quatre heures, la fin des cours obligatoires. J'avais maintenant Grec Ancien, et Mackenzie Latin. A la seule pensée que j'allais devoir me séparer d'elle, mes entrailles se tordirent, ce qui eu pour résultat d'anéantir mes heures de dur labeur et de dénouage incessant.
J'avais également donné la moitié de mon temps à l'observation de Lyn Megan, qui était décidément bien trop beau pour son propre bien. Il avait l'air fatigué mais souriait à tout le monde, répondant au questions qu'on lui posait et aidant professeurs et élèves. En gros, il puait la bonté à plein nez, et je ne savais qu'en juger. Je croisai son regard plusieurs fois dans la journée : une le matin, quand le professeur de mathématiques me demanda mon nom et que Lyn tourna la tête avec interêt ; une à midi, quand je faillis renverser mon assiette sur lui ; et une dans les couloirs, quand Macky et moi cherchions notre prochaine salle.
Arrivée à la porte que m'indiquait mon emploi du temps, je fus plus que surprise de le trouver accoudé au mur environnant.
-Tu... tu fais Grec ? Bégayai-je bêtement.
-Ouais, depuis longtemps. Et toi ?
-Je, euh, trois ans, deux heures par semaine, récitai-je, troublée par son sourire. Ce type là avait le don pour vous mettre mal à l'aise.
-Cool, lâcha-t-il en plongeant ses orbes violettes dans mes yeux verts.
-Tes yeux, lançai-je.
-Quoi, mes yeux ? Sourit-il.
-C'est... des lentilles ? Ou bien..?-Oh, non. C'est leur couleur naturelle. Bizarre, hein ?
-C'est surtout très beau, murmurai-je, hypnotisée par les reflets de son regard.
-Merci, souffla-t-il. Il voulut continuer, mais le professeur arriva, avec à sa suite six élèves.
Je soupirai et pris place au dernier rang, avec lassitude.
-Je peux ? Fit une voix que je commençai à connaître.
Je levai les yeux pour apercevoir Lyn, qui s'était penché vers moi.
-Ouais. Ouais, bien sûr. _
Ambre sortit de la classe en riant aux éclats. Lyn marchait à côté d'elle, apparemment satisfait de son petit effet. Les mains dans les poches, le sourire rêveur, il était l'image même de la décontraction, d'une beauté à s'en faire mal aux yeux et au coeur en même temps. Ambre se dit qu'elle avait beaucoup de chance qu'un garçon comme celui-ci s'intéresse à elle, ne serait-ce qu'en amie. Il n'était pas seulement beau, mais aussi réfléchi et passionné à la fois, drôle et sérieux, intelligent mais joueur. Un magnifique paradoxe ambulant.
La jeune fille fut sortie de ses pensées par une tornade blonde qui se jeta sur elle et la propulsa deux mètres en arrière, avant qu'elle n'aille s'écraser contre un mur avec son assaillant.
Mackenzie la fixait d'un regard surexcité.
-Kiaaaa ! Ambi chérie, tu ne devineras ja-mais. Ambre leva les yeux au ciel, espérant juste que Lyn ne la trouve pas trop puérile. Puis, elle le vit qui s'esclaffait avec douceur, et elle se retourna vers son amie, rassurée.
-Non je ne devinerai pas. Je t'écoute.
-Il est TROP beau, s'exclama Mackenzie en faisant de grand moulinets avec ses bras.
-Qui ? Voulut savoir Ambre.
-Genre beau brun ténébreux, le regard de braise, sourire enjôleur... continua la blonde sans prêter attention à sa meilleure amie.
-Mais QUI ?
-Bah, le mec qui est devant moi en Latin , fit Mackenzie, étonnée, comme s'il s'agissait d'une évidence.
Ambre rit d'un air blasé.
-Il s'appelle Adrian Lay, l'informa la puce hyperactive qui lui servait d'amie.
Au loin, elle vu Lyn Megan grimacer.